L'héritage gaulliste

La gestion de l'héritage gaulliste 

Un an après les événements contestataires de mai 1968, le président De Gaulle vint à démissionner après avoir essuyé un refus au référendum sur son projet de régionalisation et de réforme du Sénat. Avec le départ du chef de l'État, une page de la politique extérieure française était tournée au niveau des hommes mais non des idées : refus de la politique des blocs (bipolarité stricte du globe entre les États-Unis et l'URSS), priorité accordée à la construction européenne et consolidation des relations privilégiées avec le tiers-monde (essentiellement les ancienne colonies et les pays francophones). En d'autres termes, il s’agissait de renforcer les partenariat de manière à promouvoir le rôle et les intérêts de la France sur un globe soumis à la bipolarisation. Une orientation soulignée par le ministre de la Défense de l’époque, Michel Debré : « L’évolution des souverainetés en Afrique du Nord, le conflit durable du Moyen-Orient, la poussée soviétique vers l’Afrique et l’Islam, les divers intérêts américains : autant d’éléments qui depuis 20 ans ont modifié les données de notre sécurité et nous imposent des attitudes neuves et actives pour la défense de nos intérêts».

La présidence de Georges Pompidou:

Au niveau des échanges commerciaux avec le pourtour méditerranéen, l’action de la présidence de Georges Pompidou a été déterminante dès le début de la décennie. Après la rupture de l'alliance avec Israël, il était évident pour l’Élysée que la France ne pouvait se contenter d’un strapontin face à aux marchés arabes qui lui étaient désormais ouverts, ceci d’autant plus que la concurrence étrangère était très importante.

 Forte de ses grands groupes puissants, l’industrie française de l’armement obtint de nombreux contrats importants. La substitution de ses nouveaux marchés à celui d’Israël était éloquente, de 1,7 milliard de francs, les exportations françaises s’élèvent à 2,7 milliards en 1967, 4 milliards en 1968. De plus, en 1970, la France vint à accéder au rang de troisième exportateur mondial d’armes. Le renouveau sur la scène arabe représentait une aubaine. Au début de l’année 1970, le contrat de vente de 110 chasseurs-bombardiers Mirage et de 200 chars de combats en Libye consacrait les performances de l'industrie militaire française. La nouvelle fit l’effet d’une bombe en Israël où l'équipement français avait permis de remporter l’assaut en 1967 et qui voyait désormais ses ennemis se doter d’armes identiques ou de haute qualité technologique. À l’aube de la guerre de Kippour, le commerce vers les pays arabes comptait pour 30% des exportations. Ce taux augmenta par la suite durant la décennie.

Dans ce contexte, il y avait à la fois des aspects stratégiques et économiques. En effet, si la diplomatie commerciale appuyée par l’Elysée constituait un appui majeur aux industries de l’armement, les livraisons étaient cependant soumises à de nombreuses conditions. Les plus déterminantes concernaient le droit de veto français sur le stationnement des avions sur certains aérodromes et la cession d’engins à des pays tiers (maintien de l'équilibre géopolitique moyen-orientale). Cependant, les réorientations de la politique à l’égard d’Israël n'ont pas eu totalement eu lieu à ses dépens. Dans le prolongement de l’affaire des vedettes de Cherbourg, l’Élysée vint notamment à négocier un accord secret en 1972, portant sur la livraison de pièces détachées pour les avions Mirage.

Cette politique rencontrait aussi la volonté des pays arabes de diversifier leurs fournisseurs, pour pallier d’éventuelles tensions avec leurs alliés. Il n’est pas sans rappeler dans ce dernier cas, l’expulsion des conseillers soviétiques d’Égypte, en 1972, qui avait entraîné une réduction des livraisons d’armes en provenance de Moscou. Ainsi, c’est notamment pour éviter de voir l'influence américaine supplanter totalement celle exercée par l'URSS que Paris a opté pour un renforcement de sa coopération militaire avec Le Caire et le monde arabe en général.

Au niveau des échanges conventionnels, la France s’est particulièrement investie dans le cadre des relations euro-méditerranéennes. Après l’aboutissement en 1969 des négociations portant sur la création d’accords d’association entre la CEE, la Tunisie et le Maroc, la France s’est attelée à faire adopter en 1972 la « politique méditerranéenne globale ». Un programme ambitieux visant à ouvrir à tous les pays du bassin méditerranéen des accords de coopération (volets commercial, financier et social). L’objectif était principalement d’ordre commercial car ce projet visait notamment à établir une libre circulation des marchandises pour tous les produits industriels. Parallèlement à la poursuite du commerce avec ses anciennes colonies du Maghreb, le président Pompidou a donné une certaine impulsion au développement des liens avec les pays du Golfe. En effet, lors de son mandat, la France détenait la lanterne rouge dans cette région du monde. Pour exemple, en 1973, la Belgique à elle seule importait plus de produits français que l’ensemble des pays du Proche-Orient. Pour faire face à cette situation, le gouvernement vint à développer les échanges avec les pays du golfe et cela d’autant plus qu’il s’agissait de trouver une alternative aux champs de pétroles algériens. En ce sens, des missions commerciales favorisèrent ainsi une timide avancée de la France sur la scène énergétique notamment par des contrats entre la Compagnie française de pétrole et l’IPC irakienne, en 1972 .

Sur le plan des échanges commerciaux et bien que Israël pouvait se targuer, en 1968, de procéder à un volume d’échanges supérieur à tout État arabe avec la France, la situation s’était largement inversée lors du mandat pompidolien. Cette situation n’était pas le résultat délibéré d’une politique mais plutôt la conséquence de l’ouverture de l’ensemble des marchés arabes aux investisseurs français qui avaient longtemps été boudés (conséquences de la Crise de Suez, de la guerre d'Algérie et du soutien apporté à Israël). La crise pétrolière de 1973 a par ailleurs accentué cette situation par l’augmentation des capacités de paiements des États pétroliers (pétrodollars), Israël reculant encore un peu plus dans son commerce avec la France.

Dès son entrée en fonction, le président Pompidou s’était inscrit dans la lignée du général de Gaulle, qui privilégiait un règlement du conflit israélo-arabe parrainé par les grandes puissances. Une option qui ne rencontrait pas les faveurs israéliennes et qui était contredite par les initiatives de Washington sans concertation avec Paris. Dès lors, la France privilégia des prises de positions et des actions dans le cadre européen.

En 1971, les ministres des Affaires étrangères des Six, parmi eux le représentant français Michel Jobert, avaient approuvé le « document Schuman », qui affirmait que le contenu de la résolution 242 (1967) de l’ONU constituerait la base de tout règlement de paix. Le président Pompidou avait également affirmé son opposition à un accord qui n’inclurait pas une solution au problème des réfugiés palestiniens, d’où sa volonté de considérer la résolution onusienne comme le fer de lance de l’action française et européenne.

Par le biais de ses initiatives individuelles ou dans le cadre européen, la diplomatie moyen-orientale du président Pompidou avait joué la carte d’une certaine neutralité. Cela étant, comme lors de la présidence gaulliste, certains observateurs israéliens ont eu l'impression que la France avait choisi un camp, celui du monde arabe, d’où un prolongement de la dégradation des relations franco-israéliennes. Un raidissement des relations exprimé notamment en 1973 par Menahem Begin (Likud) : « le fait que le gouvernement (…) est prêt à vendre délibérément le sang juif pour le pétrole arabe (…), est la plus grande trahison depuis que le gouvernement Daladier avait trahi le pacte franco-tchécoslovaque. Mais Israël n’est pas la Tchécoslovaquie et il n’y aura pas de Munich au Proche-Orient ».

La Guerre du Kippour d'octobre 1973 et ses conséquences: 

Face au conflit, l’attitude diplomatique de la France consistait à nouveau en une forme de jeu d'équilibre. Elle avait adopté une politique d'ouverture avec le monde arabe qui lui avait permis de moins souffrir que ses partenaires américains et Néerlandais du choc pétrolier (décision prise le 17 octobre 1973, lors d'une réunion de l'OPAEP), tout comme elle faisait sienne l'idée d'un État d'Israël vivant dans des frontières sécurisées mais soumises à un accord de paix.

Son action s'est principalement illustrée au niveau de la sphère de l'Europe des neuf.

Dans le prolongement du « document Schuman » de 1971, le 13 octobre, la Communauté allait appelé les belligérants à un cessez-le-feu suivit de pourparlers de paix. Ceci avant de réitérer le 6 novembre sa condamnation des territoires occupés et d’affirmer son souci pour les droits légitimes des Palestiniens. En œuvrant dans le cadre institutionnel européen, la France avait ainsi milité pour l’approfondissement du dialogue euro-arabe amorcé dès 1971 avec l’évocation du sort des réfugiés.

En décembre 1973, le sommet de la CEE de Copenhague allait compléter les actes précédents en confirmant que les questions des territoires occupés et de la sécurité d’Israël ne pourraient être solutionnées que par des accords de paix. Ces orientations politiques correspondaient bien aux desseins du président Pompidou, puisqu'elles faisaient prévaloir in fine les analyses de l’Élysée au sein de la CEE. La logique française consistait ainsi à créer une véritable politique européenne guidée par Paris et capable de trouver une solution aux problèmes du Proche-Orient. Une solution trop lourde pour être imposée par la seule France. Les prises de positions sur le conflit et l’ouverture d’un dialogue avec les capitales arabes tenaient dans un seul principe.

En réalité, cette tactique diplomatique sera parfois vivement dénoncée au sein de l’establishment politique israélien, y compris au sein du gouvernement de Golda Meir, et d’une certaine élite en France, alors qu’elle fut applaudie dans certaines capitales arabes. Le Grand rabbin français Jacob Kaplan allait ainsi dénoncer une partialité supposée de la France en faveur des pays arabes et remercier les États-Unis de leur solidarité, « Nacht und Nebel, nuit et brouillard, de sinistre mémoire, voilà ce qu’a connu, ce que connaît Israël. S’il n’y avait eu les États-Unis qui, sans s’être engagés publiquement en disant un jour : "Israël, notre ami et notre allié", se sont comportés envers lui selon le droit, l’équité et l’amitié, qui lui ont apporté leur soutien et livré l’armement indispensable à sa défense (…). J’en viens à me demander si cette solitude et ce silence ne s’expliquent pas par le retour de la nuit dans les esprits et dans les cœurs en plein vingtième siècle ». Quelques années plus tard, Yitzhak Shamir n’allait pas non plus mâcher ses mots sur ce dialogue euro-arabe, « Il existe un lien entre la position européenne et le terrorisme antisémite ».

Dans ce contexte général, les relations franco-israéliennes subirent un accroissement de leur délitement. Alors que la France ancrait de plus en plus ses partenariats dans les capitales du monde arabe, les Israéliens renforçaient leur partenariat stratégique avec les États-Unis.

Parallèlement à sa critique par une frange des élites israéliennes, cette politique européenne se confina par la suite dans des aspects économiques (approvisionnements pétroliers, ouverture des marchés, etc.) alors que sur le front israélo-arabe, les négociations de paix vinrent à devenir un quasi-monopole américain. Des accords de désengagement partiel des forces armées furent ainsi réalisés le 18 janvier 1974 et le 4 septembre 1975 dans le Sinaï, tout comme le 31 mai 1974 sur les hauteurs du Golan, tous négociés par les États-Unis et appliqués par l’ONU (troupe de casques bleus).

En termes de bilan, le quinquennat présidentiel s’est directement inspiré des principes gaullistes qui entendaient restaurer les intérêts économiques de la France dans le pourtour méditerranéen, tout en recherchant une solution politique aux problèmes du Proche-Orient. Le renforcement de la politique commerciale arabe et la position semi-équilibrée lors du conflit d’octobre 1973, s’inscrivaient directement dans l’horizon gaulliste. Cependant, Georges Pompidou était conscient des limites de la seule diplomatie française. C’est la raison pour laquelle il l'inscrit dans le cadre européen, qui donnait plus de poids à une partie des thèses de l’Élysée ainsi qu’une marge de manœuvre plus grande sur l’échiquier international.

Le Giscardisme et Israël 

L’élection de Valéry Giscard d’Estaing en mai 1974 a posé la question de la continuité des orientations diplomatiques de la France au Proche-Orient. Premier président non gaulliste de la Ve République, il a cependant poursuivi la conduite de ses prédécesseurs. Cet héritage diplomatique se couplait à une série de facteurs pesant sur la politique méditerranéenne de la France : la politique énergétique très dépendante des importations venues du monde arabe, les ventes d’armes en expansion et constituant un élément important de la balance commerciale française, et, enfin, le cavalier seul des États-Unis visant à instaurer une paix durable entre Israël et ses voisins.

La facture énergétique et la cause palestinienne:

Soumis à une crise économique qui touchait particulièrement l’Occident depuis la fin du premier choc pétrolier, le gouvernement français avait pris conscience de la vulnérabilité de l’Hexagone face aux approvisionnements énergétiques venus du Proche-Orient. Afin de garantir ses besoins en hydrocarbures du point de vue des quantités et de la modération des prix, Paris favorisait la multiplication des contacts entre les entreprises françaises et le secteur pétrolier arabe. Ainsi, entre 1974 et 1977, une série d’accords d’exploitation de gisements furent obtenus par la Compagnie Française des Pétroles et l’IPC à Bagdad. En même temps, cette même compagnie conservait ses positions à Abou Dabi ou en acquérait de nouvelles.

Au-delà de ses points d’appuis politiques ou économiques traditionnels à l'instar de la Syrie et de l'Irak, la France se tourne également vers des pays envers lesquels sa diplomatie avait jusqu’alors fait preuve d’une moindre assiduité, comme les monarchies pétrolières du Golfe dont les richesses pétrolières et la situation géopolitique paraissent particulièrement prometteuses. En réalité, fussent-ils nécessaires et impératifs, ces approvisionnements pétroliers posaient néanmoins un risque de déficit important dans la balance commerciale : le poids de la facture énergétique.

Il y avait donc lieu de compenser les importantes dépenses pétrolières. Dans les faits, le président Valéry Giscard d'Estaing invita les hôtes de Matignon (gouvernements de Jacques Chirac et de Raymond Barre) à accentuer notamment les ventes d’armes dans les pays arabes. Toutefois, le chef d'État français entendait exclure cette coopération militaire de toute partialité au Proche-Orient, ainsi, il devait déclarer en 1976 que « la sécurité des pays de la région est de leur seule responsabilité (…). Dans la mesure où ils le souhaiteraient, la France serait disposée, comme elle l’a déjà fait, à leur fournir les matériels dont ils estimeraient nécessaire de se doter. Cette coopération est exclusive de toute ingérence dans un domaine qui relève de leur souveraineté ».

Dans cette logique, les ventes d’armes furent principalement ciblées sur les pays pour lesquels la France entendait ancrer davantage ses importations en hydrocarbures, l’Arabie saoudite et l’Irak. L’analyse de ces accords implicites « armes contre pétrole » mérite cependant que l’on souligne deux points. D’une part, ces ventes ne se sont pas limitées à ces deux pays mais elles furent les plus significatives de la politique globale menée par la France. D’autre part, bien qu’elles se firent aux dépens d’Israël, elles ne furent jamais menées directement contre l’État hébreu. Concernant ce dernier point, les différents gouvernements du président Valéry Giscard d'Estaing obéissaient à des impératifs économiques et non pas à une volonté manifeste de déséquilibrer l’équilibre régional des forces.

Du point de vue économique, la France se trouvait dans une situation analogue à ses partenaires européens à l’exception du commerce des armes. Ainsi, si les importations de la CEE en provenance des pays arabes avaient connu une hausse considérable de 1969 à 1977, les exportations communautaires vers ces mêmes États ont, eux aussi, fortement augmenté entre 1973 et 1978, bien que se concentrant sur les pays pétroliers .

La principale innovation de la coopération franco-arabe fut limitée au niveau de l’énergie nucléaire. Le 18 novembre 1975, un accord fut ainsi signé avec l’Irak concernant la construction d’un réacteur nucléaire à Tamuz. Substituant la coopération arabe aux défuntes « amitiés atomiques » avec Israël (appui à la construction de la centrale nucléaire de Dimona), la logique du président fut énoncée par un communiqué du ministère des Affaires étrangères en 1978 : « [l]a vente d’un réacteur de recherche à l’Irak s’inscrit dans notre politique de coopération avec les pays désireux de bénéficier des applications pacifiques de l’énergie nucléaire ». Bien que certains pays dont Israël condamnaient cet accord, la ligne officielle du gouvernement français était bien celle de diversifier la coopération avec les pays arabes sans qu'il soit question d'aider l’Irak à se doter d’armes nucléaires.

L’arrivée au pouvoir du président Valéry Giscard d'Estaing et la continuation de la politique arabe amorcée par ses prédécesseurs n’eut aucun effet de relance sur les relations franco-israéliennes; au contraire, le processus de délitement vint à se poursuivre. Il faut cependant souligner que la victoire historique du Likoud aux législatives de 1977 ne fit rien pour contribuer au renouveau des relations entre les deux États. Alors que la France cherchait une solution négociée au Proche-Orient, le gouvernement de Menahem Begin avait opté pour une stratégie territoriale maximaliste (Sinaï égyptien et Golan Syrien compris) qui entrait en opposition avec les options de Paris et de ses partenaires européens.

Aux options du gouvernement israélien s’ajoutait donc le développement des politiques commerciales et militaires favorables aux pays arabes et dont Israël était quasiment exclu. Dans ce contexte, les relations franco-israéliennes étaient marquées par une méfiance mutuelle. Bien que le président avait été ferme concernant l’existence d’Israël, il devait ainsi déclarer en 1977 que « le problème des droits naturels et légitimes d’Israël est un problème que j’ai toujours évoqué dans mes conversations avec les dirigeants des grands États arabes de la région ». Les tensions entre les deux États n’en étaient pas moins persistantes.

À ce sujet, il convient de citer le courant grandissant et favorable à une reconnaissance de l’OLP par la classe politique française ainsi que dans son action au niveau international. Convaincu de la nécessité d’une patrie pour le peuple palestinien parallèlement à la négociation d'une paix durable, le chef d'État français prit une série de mesures en ce sens. Le 22 novembre 1974, la France vota la reconnaissance de l’OLP au sein de l’ONU en tant que membre observateur, ainsi que les « droits inaliénables du peuple palestinien en Palestine », y compris le droit à l’indépendance et à la souveraineté nationale. En octobre 1975, le président donnait encore son autorisation pour l’ouverture d’un bureau de liaison du mouvement palestinien à Paris. Le président Giscard privilégiait ainsi le fait d’inciter l’OLP à devenir un interlocuteur valable à tout processus de paix. En effet, pour lui, toute négociation devait passer par la désignation d’un organe crédible et représentatif des Palestiniens, parmi la nébuleuse de mouvements de libération .

La poursuite de ces orientations favorisant la cause palestinienne ainsi que la coopération militaire étroite avec les pays arabes, ne fit donc qu'accentuer encore plus la méfiance ressentie par le gouvernement israélien à l'égard de la France lors de la seconde moitié des années 1970.

Les relations franco-israéliennes sous François Mitterrand: 

A son arrivée à l‘Elysée en 1981, François Mitterrand avait l’image d’un ami d‘Israël. Catholique croyant, il semblait notamment y témoigner un certain attachement sentimental en raison de sa foi. Il entretenait par ailleurs de bonnes relations personnelles avec Menahem Begin alors Premier Ministre d’Israël. Le gouvernement israélien espérait par conséquent un resserrement significatif des relations bilatérales sous sa présidence6.

Au cours de son mandat, François Mitterrand a souvent insisté sur l’attachement de la France à l’existence, la reconnaissance et la sécurité d’Israël. Il a notamment exprimé de telles positions lors de sa visite historique en Israël, début mars 1982, la première d’un Chef d’État français. Cette visite a marqué un tournant et constitué une étape importante dans le processus d’intégration d’Israël dans le concert des nations.

La politique de François Mitterrand au Moyen-Orient était cependant empreinte de grande continuité. La France a continué sous sa présidence à mener une politique traditionnelle d’intérêts dans la région. Afin de promouvoir l’influence française au Moyen-Orient, François Mitterrand a œuvré au renforcement des relations de la France avec le monde arabe, notamment par l’intermédiaire de son Ministre des Affaires Etrangères Claude Cheysson qui y entretenait de bonnes relations. Sous sa présidence de nombreux contrats commerciaux ont été signés avec des pays arabes et un rapprochement a été entrepris par Paris avec la Syrie et avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Le rapprochement de la France avec l’OLP et le soutien de Paris aux revendications nationalistes palestiniennes constituaient une importante pomme de discorde entre la France de Mitterrand et Israël jusqu’à l’élection d’Yitzhak Rabin en tant que Premier Ministre en 1992 et au début du processus d’Oslo qui s‘en est suivi. François Mitterrand soutenait en effet le droit des Palestiniens à un État. Il s’était par ailleurs posé en protecteur de l’OLP, s’opposant à l’objectif d’éradication de l’organisation lors de l’opération Paix en Galilée lancée par Israël au Liban en 1982 en raison des attaques répétées de l'OLP à l'encontre de civils israéliens. Pendant l’opération, suite à la médiation française, Yasser Arafat et les dirigeants de l’OLP avaient pu fuir le Liban. Suite à la reconnaissance des résolutions 224 et 338 du Conseil de Sécurité de l’ONU par l’OLP en 1988, François Mitterrand a par ailleurs entrepris un resserrement des relations avec l’organisation invitant notamment Yasser Arafat à Paris en mai 1989. Ainsi, la France a conféré à l’OLP et à ses revendications une nouvelle légitimité.

Cette politique visait à accroitre le rôle de la France au Proche-Orient, mais ne lui a pas permis de jouer un rôle central dans le processus de paix d’Oslo commencé en 1993, durant lequel la France est restée globalement exclue.

De plus, cette politique a provoqué de nouvelles tensions non seulement avec Israël mais également avec la communauté juive de France, inquiète par ailleurs par le passé trouble de François Mitterrand sous le gouvernement de Vichy et par ses amitiés avec des anciennes personnalités du régime comme René Bousquet, ancien Secrétaire Général de la police de Vichy.

Les relations franco-israéliennes sous Jacques Chirac: 

Le déclenchement de la Seconde Intifada a provoqué une rapide dégradation des relations franco-israéliennes. A l’époque la France critiquait vivement l’opération Rempart (opération militaire de grande envergure contre les infrastructures terroristes palestiniennes lancée en mars 2002) qu’elle trouvait disproportionnée, ainsi que la politique israélienne d’isolement de Yasser Arafat. La diplomatie française soutenait en effet Arafat, refusant de le voir comme un responsable du terrorisme et des violences palestiniennes malgré l‘implication de l‘Autorité Palestinienne dans de telles activités. Dans le même temps, Israël accusait Paris de partialité.

La politique proche-orientale française s’est révélée contreproductive, n’arrivant pas à atteindre ses objectifs sur le terrain et empêchant Paris de jouer le rôle de médiateur compte tenu de ses relations tendues avec Israël. La France a par conséquent décidé, à partir de l’été 2002, d’œuvrer pour l’amélioration des relations bilatérales franco-israéliennes dans divers domaines comme la coopération culturelle, scientifique et commercial tout en conservant la même position partiale. Le rapprochement a été facilité par plusieurs événements importants comme la mort de Yasser Arafat le 11 novembre 2004 et le retrait de Gaza en aout 2005.

Des différends ont toutefois persisté entre la France et Israël, les tensions réapparaissant particulièrement lors de la guerre du Liban de 2006. Malgré des efforts pour se présenter comme un acteur neutre, et l’insistance sur le droit d’Israël à se défendre, la France a formulé de sévères critiques de l’offensive israélienne contre le Hezbollah, qu’elle jugeait disproportionnée. Elle a cependant réussi à maintenir le dialogue avec Israël et à jouer un rôle de médiation entre Israël et le Liban. Elle a également occupé une place centrale dans les discussions à l’ONU concernant la Résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies appelant au cessez-le-feu.

Les Relations franco-israéliennes sous Nicolas Sarkozy:

En Israël, l’élection de Nicolas Sarkozy a suscité l’espoir que les relations bilatérales avec la France s’améliorent. Cette attente israélienne résultait des déclarations amicales de Nicolas Sarkozy envers Israël et de l‘expression de sa préoccupation pour la sécurité d‘Israël. En effet, depuis son arrivée à l’Elysée il y a eu une amélioration d’ambiance et de ton dans les relations franco-israéliennes marquées d‘emblée par des décisions symboliques comme celle d‘inviter le Président israélien Shimon Peres à Paris en mars 2008 ou de choisir Israël comme invité d‘honneur du Salon du livre qui se tenait à la même époque. De plus il y a un renforcement de la coopération bilatérale entre les deux pays.

Il faut noter que Nicolas Sarkozy n’a pas fondamentalement changé la politique de la France vis-à-vis d‘Israël. Le resserrement des relations bilatérales dans divers domaines tels que la coopération culturelle, scientifique et commercial a débuté sous Jacques Chirac dès l’été 2002. Paris en avait décidé suite à une dégradation des relations politiques franco-israéliennes provoquée par le déclenchement de la Seconde Intifada, et suite à l’affaiblissement de son rôle de médiatrice au Proche-Orient. L’amélioration des relations bilatérales avait notamment été facilitée par plusieurs événements survenus avant la prise de fonction de Nicolas Sarkozy comme la mort de Yasser Arafat le 11 novembre 2004 et le désengagement de Gaza en aout 2005.

La position de la France sur le conflit israélo-arabe est caractérisée essentiellement par une forte continuité. Plus globalement, la politique moyen-orientale de Nicolas Sarkozy n’est pas très différente de celle de ses prédécesseurs et est guidée par des perceptions et des aspirations traditionnelles notamment promues par le Quai d’Orsay17. La France a eu longtemps une forte influence dans la région et plus globalement en Méditerranée, notamment en tant que puissance coloniale et mandataire18. Sa politique française au Proche-Orient relève d’une vision gaulliste, constante de la politique extérieure depuis la décolonisation, où l’idée de grandeur du pays et de son rôle particulier dans le monde occupe une place importante.

Nicolas Sarkozy et le conflit israélo-palestinien: 

Concernant le règlement du conflit israélo-palestinien, la France est alignée sur le large consensus international, contrairement aux États-Unis, à l'Australie, quelques pays du Pacifique et à Israël, et réclame « qu’Israël se retire du territoire palestinien occupé depuis 1967, y compris Jérusalem Est. La France continue d’exercer des pressions sur Israël pour qu’il permette la création d‘un Etat palestinien sur tous ces territoires22. Elle a notamment tenté de convaincre ses partenaires européens, ainsi que les Etats Unis, d’exercer des pressions communes sur Israël à cette fin.

Par ailleurs Nicolas Sarkozy critique l’usage fait par Israël de la force armée. La France a notamment qualifié l’opération Plomb Durci déclenchée par l’armée israélienne à Gaza en décembre 2008, suite aux tirs incessants de roquettes sur son territoire depuis de nombreuses années, de disproportionnée24. Elle a été au cœur des efforts diplomatiques visant à obtenir un cessez-le-feu, ses actions visant essentiellement à mettre rapidement fin à l’offensive militaire israélienne25. Sous Nicolas Sarkozy, la France a ainsi adopté une position fort semblable à celle qu’elle avait exprimée lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2006 alors que Jacques Chirac était président.

En 2009, il existe toujours d’importants sujets de discorde politiques entre la France de Sarkozy et l‘actuel gouvernement israélien dirigé par Benjamin Netanyahou. Les divergences d’opinions concernent notamment les demandes françaises de gel des implantations, la reconnaissance d‘Israël par les Palestiniens en tant qu'État juif et la démilitarisation du futur État palestinien.

La politique arabe de Nicolas Sarkozy: 

Nicolas Sarkozy a par ailleurs poursuivi la politique traditionnelle de la France au Proche-Orient en resserrant les liens de Paris avec un certain nombre de capitales arabes, même hostiles à Israël. Depuis son arrivée à l’Élysée, la France a signé des dizaines de contrats dans de multiples domaines avec le monde arabe, et a proposé à plusieurs pays arabes l'énergie nucléaire civile28. Le lancement de l'Union pour la Méditerranée en juillet 2008 est une initiative qui peut également être interprétée comme une initiative visant à accroitre l’influence de Paris dans le monde arabe29. Cette structure, créée pendant la présidence française de l'Union Européenne, rassemble 44 membres et a pour but de promouvoir la coopération euro-méditerranéenne par la mise en place des projets concrets dans des domaines tels que l'environnement ou l'énergie.

La France, la Syrie et Israël: 

C’est dans le cadre de cette Union pour la Méditerranée, avec la venue à Paris du président Bachar el-Assad les 13 et 14 juillet 2008, qu’a été entreprise une politique d’ouverture vers la Syrie. Cette politique n’est pas sans conséquences pour Israël et pourrait s’avérer néfaste pour ses intérêts. Initiée suite à l'accord de Doha de mai 2008 entre les différentes factions libanaises, elle visait notamment à encourager Damas à respecter la souveraineté libanaise, à engager des négociations de paix avec Israël et à prendre ses distances vis-à-vis de Téhéran mais ces buts n’ont pas été atteints à ce jour. Le régime syrien s‘en est pas moins vu reconnaître une nouvelle légitimité internationale sans avoir à payer de prix en retour.

D’un point de vue israélien, cette politique de compromis apparaît donc risquée.

La France, le Liban et Israël:

C’est également le cas de la politique de la France vis-à-vis du Hezbollah au Liban. Tandis que la France de Sarkozy a considéré l’accord de Doha de mai 2008 entre les différentes factions libanaises comme un élément positif et un pas important vers la paix, Israël l‘a plutôt interprété comme une prise de pouvoir du Hezbollah au Liban. Au-delà de ce point, de nombreux désaccords existent entre Nicolas Sarkozy et Israël concernant le Liban. La France a notamment exprimé son soutien à la position libanaise concernant la question des fermes de Chebaa. La France critique également les survols israéliens menés au-dessus du Liban depuis la guerre de 2006. Globalement, Paris semble considérer le réarmement du Hezbollah comme un problème de moindre importance que ce qu’il n’apparait pour Israël.

La France, l’Iran et Israël:

Nicolas Sarkozy considère qu’un Iran doté de l’arme nucléaire est un danger pour la stabilité mondiale. Il croit en l’efficacité d’un régime de sanctions pour lequel il a fermement poussé depuis son élection au sein de l’Union Européenne comme auprès de l’ONU. Il s’oppose cependant à toute attaque militaire contre l‘Iran alors qu‘Israël, régulièrement menacé par Téhéran, laisse toutes les options sur la table.

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