BIR-HAKEIM et l’Amitié France-Israël

Ce jour là, 14 avril 2013, mon épouse et moi-même déjeunions tranquillement sur une terrasse ensoleillée avec Josiane Sberro, membre éminent de l’Association France-Israël-Alliance Gal Koenig. Nous profitions de la toute première belle journée de printemps, promesse de chaudes heures d’été. Israël se préparait par ailleurs à commémorer Yom hazikaron, en souvenir de ses soldats, morts si nombreux pour son existence. Et Josiane nous conta à cet égard une histoire à peine croyable, celle de 400 palestiniens juifs volontaires, qui s’étaient enrôlés  dans l’armée britannique, sous la conduite du major Liebmann, un juif de Tel-Aviv, et qui combattirent au côté de 3500 Français à Bir-Hakeim… Quelques jours plus tard, elle exhuma pour nous un excellent article de Monsieur François Milles, tiré du journal « Miroir de l'Histoire » collection « les combats d'Israël » Editions Tallandier n° 275  (paru le 22 janvier 1973), dont je reproduis ci-dessous de larges extraits :

« La bataille du désert : Les forces de l’Axe se préparent à une offensive de grande envergure contre les positions britanniques en Méditerranée. L’Affaire doit se jouer en trois coups, briser la résistance de la 8ème armée et reprendre Tobrouk, enlever Malte, et foncer vers la vallée du Nil et Suez. Le 27 mai 1942, Rommel passe à l’action. Avec ses blindés, il contourne les positions britanniques par le Sud. Trois jours plus tard, il est en sérieuse difficulté, ses communications coupées. Mais la contre-attaque britannique vient trop tard et tourne au désastre. La 8ème armée se replie en désordre, la route du Caire semble ouverte. Bir-Hakeim, tenu par les Forces françaises libres, résiste toujours et fait peser une menace sur les lignes de ravitaillement germano-italiennes. 

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Juin 1942, la bataille fait à nouveau rage dans le désert de Lybie. Menacée d’enveloppement par les blindés de Rommel, la 8ème armée britannique est à la veille de l’effondrement, mais c’est compter sans la résistance farouche, acharnée de deux petits points d’appui isolés, perdus dans le désert. Il y a d’abord 3500 Français de Bir-Hakeim et, un peu plus à l’est, ceux qu’on attend pas, les 400 israélites de Palestine du major Liebman. Sous un ciel de plomb, tenaillés par la soif, ces volontaires juifs vont, pendant huit mortelles journées, briser les assauts de la division « Ariete » renforcée par des formations blindées allemandes. Mais il n’y a pas que les assauts des chars. La luftwaffe jette ses forces dans la bataille. Tous les jours, en vagues hurlantes, les Stukas se déchaïnent sur les positions israélites, et infligent à la petite garnison des pertes sanglantes. L’ordre de décrochage parvient dans la journée du 10 juin. Le repli s’effectue dans la nuit, au milieu d’un tir intense d’armes automatiques. A l’Aube, la petite troupe juive réussit à s’arracher à l’étreinte allemande. Elle a plus que rempli ses engagements… »

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Les deux principaux protagonistes : Rommel à gauche, Koenig à droite

 Les survivants juifs racontent : « Tout commence le 2 juin. A peine le petit détachement du major Liebman a-t-il achevé sa mission, consistant à tendre un champ de mines destinées à bloquer le passage des colonnes de l’Axe, qu’une terrible tempête de sable s’abat sur la position. Pendant 48 heures, tout disparaît dans un fantomatique voile ocre. Déjà à court d’eau, ne disposant que des strictes rations, les hommes sont à la torture. Le 4 juin, la tempête cesse enfin. Un autre drame commence. Une colonne blindée de reconnaissance germano-italienne s’avance avec précaution. Un parlementaire, précédé d’un drapeau blanc, se présente. C’est un officier allemand. Il apporte une offre de reddition. La réponse du major Liebman est dénuée de toute ambiguité : « Pas question pour nous d’arborer le drapeau blanc. Nous ne connaissons qu’un seul drapeau, la bannière bleu et blanc de Sion. » Interloqué, l’officier allemand murmure : « Vous êtes juifs ! » Il claque les talons salue et s’éloigne.

Ce n’est que partie remise. Quelques heures plus tard, une escadre de Stukas se déchaîne sur la position. La moitié des camions est détruite ou incendiée. On compte plusieurs morts et de nombreux blessés. Les pionniers sont désarmés contre les attaques aériennes. Aucune des pièces de DCA promises n’est parvenue à destination. Le lendemain et le surlendemain, ce sont à nouveau des chars, des engins appartenant à la division « Ariete ». Malgré l’absence totale d’armement lourd, l’assaut n’en est pas moins brisé. Plusieurs chars se disloquent sur des mines. Quelques-uns réussissent cependant à pénétrer au cœur de la position. Les hommes les attaquent alors en combat rapproché, à la grenade, au cocktail Molotov, voire à la mitraillette. Quelques minutes plus tard, les engins italiens, faiblement blindés, très vulnérables par l’arrière, ne sont plus que des carcasses fumantes. Un autre assaut de l’ «Ariete » échoue dans les mêmes conditions. Des pionniers dissimulés dans des trous individuels, au sortir du champ de mines, neutralisent encore quelques blindés.

Dès lors, l’ennemi renonce à tout assaut terrestre. Il ne s’estime pas battu pour autant. Au moment où sa manœuvre de débordement est sur le point de réussir, Rommel tient à éliminer cette épine plantée dans ses communications. C’est la Luftwaffe qui reçoit l’ordre de donner le coup de grâce. La vie des survivants devient alors un véritable calvaire. Les positions disparaissent dans des nuages de sable et de fumée. Le puits qui se trouvait là est détruit par une bombe. La soif devient intolérable et bientôt, on compte près de 75% de pertes. Hagards, hébétés, les survivants s’obstinent, s’accrochent avec l’énergie du désespoir. L’ordre de repli parvient enfin. A la tête d’une centaine d’hommes, le major Liebmann réussit à rejoindre les lignes britanniques. »

« A l’aube du 11 juin, émergeant du cauchemar, le Général Koenig, commandant à Bir-Hakeim la 1ère brigade française libre, a la surprise de tomber sur un groupe de soldats aussi fatigués, dépenaillés que les siens. S’adressant en anglais au commandant de cette unité, il s’entend répondre dans un français irréprochable. De la bouche même du major Liebmann, Koenig apprend alors l’épopée de la compagnie juive. Il marque quelque étonnement de voir ces juifs combattre sous les couleurs de l’Union Jack. « Il ne nous est pas permis de combattre sous les plis de notre drapeau… Le règlement s’y oppose… », répond Liebmann. « Le règlement britannique, s’écrie Koenig, ici je m’en moque. Vous êtes avec des Français, nous sommes victorieux tous les deux. » Aussitôt, un soldat israélite s’empresse de déployer le fanion soigneusement conservé, le fanion blanc frappé en bleu de l’étoile de David. Aux officiers qui l'entourent, le commandant de la 1ère brigade française libre ordonne : « Le drapeau juif, messieurs, saluez ! »

Après 1967, en total desaccord avec les orientations prises par le Gal De Gaule dans sa politique au proche orient, le général Koenig se consacrera à la vie de "l'association du Comité de solidarité française avec Israël" qu'il présidera jusqu'à sa mort, en 1970. Il s’agit de l’actuelle Association France-Israël-Alliance Gal Koenig, qui existait depuis 1926.

A présent, lorsque je passerai à Paris sur la place Bir-Hakeim, non loin du mémorial du Vel’ d’hiv, j’aurai une pensée émue pour ces 400 soldats juifs dont 300 ne revinrent jamais de cette terrible bataille. Les soldats français morts à Bir-Hakeim sont l’honneur de la France, comme les soldats juifs morts à leur côté sont l’honneur d’Israël. Je suis fier que l’Association France-Israël ait accolé le Général Koenig à son nom. L’Amitié entre la France et Israël, née dans de telles conditions, est indéfectible, indestructible. Plus que d’Amitié, il s’agit de fraternité, fondée sur des valeurs communes, et définitivement scellée par le sang mêlé de leurs soldats, contre la barbarie.

Jacques Busseuil

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