TEMOIGNAGE POIGNANT

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On me demande parfois pourquoi j’ai décidé de quitter le confort de la France pour m’installer en Israël. J’ai passé toute mon enfance dans un parfait bonheur, dans l’amour de la France, de la République, de son histoire et de ses valeurs. ...Les passages de mes livres d’histoire sur la Révolution me faisaient rêver. Dès l’âge de huit ans les élections me faisaient vibrer et j’accompagnais mes parents dans l’isoloir avec plus de solennité que lorsque j’allais à la synagogue.
Cette France, celle qui m’a vu grandir, s’est brisée un matin d’octobre 2000. Ce jour-là, des élèves de mon collège sont venus me menacer de mort au motif que « tu es juif, tu tues les Palestiniens ». En octobre 2000 j’avais 13 ans, je n’avais jamais mis les pieds en Israël, je ne savais pas ce qu’était un Palestinien et j’étais incapable de montrer le Proche-Orient sur une carte. La principale de l’établissement a refusé de punir les auteurs des menaces, alors même que l’ensemble du corps professoral l’exigeait. Ce jour-là a commencé à grandir en moi un sentiment de solitude qui ne m’a jamais quitté depuis.
Pendant les années qui ont suivi, les attaques antisémites ont atteint un pic historique depuis la Shoah, dans l’indifférence générale. Mon rabbin, connu pour ses positions en faveur du dialogue interreligieux a été tabassé au cri de « vive la Palestine ». Des membres de mon mouvement de jeunesse, ouvertement pacifiste, ont été roués de coups au point de finir en sang à l’hôpital au cri de « Bush Sharon assassins ». Bien sûr, il y avait ceux qui se mobilisaient : Sarkozy ministre de l’Intérieur en guise de messie, Hollande chef des socialistes bien décidé à montrer sa détermination sur le sujet, le maire de Paris qui exprimait sa solidarité… Mais aucune de leurs déclarations n’a jamais arrêté la moindre agression. Au lycée, les incidents se multipliaient et il fallait supplier les professeurs et la direction pour qu’ils daignent nous croire, ou, pire, devoir demander à  des non-juifs d’aller témoigner des incidents pour que ces déclarations soient jugées crédibles.
Le point de rupture a été atteint en 2006. Depuis des années je me disais : « il va y avoir un mort et ça sera la révolution ». Le 13 février, Ilan Halimi était torturé et assassiné. Je ne compte plus ceux qui, parmi mes amis, m’ont affirmé :  « ce n’est pas un crime antisémite, dire que les Juifs ont de l’argent c’est juste une vérité, même moi je le dis ». Nous sommes descendus par milliers dans la rue, dans un froid glacial, mais nous étions seuls ou presque, entre Juifs, avec notre douleur et toujours et encore ce sentiment de solitude. Ce jour là, je me suis juré de ne plus jamais vivre cela une nouvelle fois. Quelques mois plus tard je partais étudier dans le sud de la France où je n’ai plus jamais été le témoin ou la victime du moindre acte antisémite.
Mais ma décision était prise. Je ne voulais plus jamais avoir ce sentiment de solitude, plus jamais vivre dans la peur d’être attaqué pour ce que je suis. Un an et demi après mon départ de la France, le massacre de Toulouse se produisit.
Nous commémorons aujourd’hui en Israël le souvenir de la Shoah. Il y a exactement 70 ans, une poignée de Juifs conduite par le mouvement de jeunesse auquel j’ai appartenu se soulevait dans le ghetto de Varsovie. Sans la moindre illusion quant à leurs chances de victoires, ces Juifs prirent la décision, comme leurs ancêtres l’ont fait avant eux à Massada face aux Romains, de mourir les armes à la main plutôt que de se laisser conduire à l’abattoir.
J’ai décidé de vivre en Israël et de devenir Israélien avec la certitude que seul un Etat juif fort et indépendant peut assurer aux Juifs du monde entier la sécurité. Israël, pays où coule le lait et le miel ? Loin de là. Les problèmes et les défis sont immenses. Mes critiques à son encontre sont nombreuses. Mais lorsque le président iranien, des dirigeants palestiniens, égyptiens, syriens et libanais nient ouvertement la Shoah et appellent à la destruction du peuple juif, Israël est l’unique rempart. Une rescapée de la Shoah m’a dit il y a quelques jours : « quand mon mari s’est enrôlé dans Tsahal et qu’il est revenu le premier week-end avec son arme à la maison, j’ai pleuré en pensant à son père mort à Auschwitz. Quand je vois les soldats de Tsahal dans la rue je sais que nous n’aurons plus jamais à subir une nouvelle Shoah ».
Et elle a ajouté : « en France, j’étais morte de honte lorsque ma mère a cousu l’étoile jaune sur mes habits. J’avais honte d’être juive. Des années plus tard, j’ai vu un avion d’El Al frappé d’une immense étoile bleue s’envoler dans le ciel et mon cœur s’est empli de fierté ».
Je n’ai pas connu la Shoah. Je n’ai pas eu à porter d’étoile jaune. Mais j’ai eu peur d’être juif et je préférais mentir plutôt que de m’affirmer comme tel. Il y a bientôt trois ans, je suis monté dans un avion frappé d’une immense étoile bleue qui s’est envolé vers Israël.
Aujourd’hui je n’ai plus peur d’être juif et je sers avec fierté en uniforme de Tsahal pour soutenir les combattants de cette armée avec la conviction qu’elle seule donne un sens à la phrase : Never Again, Plus jamais ça.
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