Rencontre de François Hollande et de Benyamin Netanyahou à Toulouse le Jeudi 1er Novembre 2012

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Discours prononcé par François Hollande

Monsieur le Premier ministre de l’Etat d’Israël,

Nous vivons un moment exceptionnel parce qu’ici, s’est produite une tragédie elle-même exceptionnelle.

Nous sommes réunis avec les Ministres du Gouvernement français, avec les représentants de l’Etat d’Israël, avec nos ambassadeurs, avec les représentants de la communauté juive, ici à Toulouse mais aussi en France, avec les élus de la région, le Maire de Toulouse et les parlementaires. Tous ceux qui contribuent à l’esprit public.

« Je veux également dire combien les parents des victimes qui se sont exprimés, ont fait la démonstration de la force, du courage, de la dignité, de l’exemple »

 

Nous sommes ensemble parce qu’il y a sept mois et demi, ici, devant cette école, un terroriste dont la barbarie armait la lâcheté, tuait Jonathan Sandler, 30 ans, ses deux enfants Arieh et Gabriel ainsi que Myriam Monsonego, la fille du directeur, et blessait grièvement un adolescent de 16 ans, Aaron Bijaoui.

 

C’était le 19 mars 2012, la France était saisie d’effroi devant ce drame. J’étais venu, à Toulouse, ce jour-là, exprimer ma compassion. Je revois encore les visages bouleversés, tordus de chagrin, du directeur, de son épouse. Je me souviens des parents qui m’avaient accueilli, à la fois partagés par la dignité qui devait être le seul moyen de répondre à la barbarie et en même temps l’inquiétude de savoir qui, comment, pourquoi. J’entends encore les cris et les pleurs, je me souviens aussi du courage de ces parents, de ces élèves. Je ne les ai jamais oubliés et je ne les oublierai jamais.

Aujourd’hui je reviens comme Président de la République, dans les mêmes lieux, cette école, votre école, pour évoquer la mémoire des victimes et partager la peine des familles avec le Premier Ministre d’Israël.

Ces enfants de la France reposent aujourd’hui à Jérusalem. Nos deux pays, nos deux peuples, sont réunis autour de leur souvenir.

Monsieur le Premier Ministre, vous représentez un pays créé, au lendemain de la Shoah, pour servir de refuge aux juifs. C’est pourquoi chaque fois qu’un juif est pris pour cible parce que juif, Israël est concerné. C’est le sens de votre présence. Je la comprends, je la salue, je vous accueille.

Je veux aussi devant vous, familles, représentants, élus, vous aussi M. le Premier ministre, rappeler la détermination de la République Française à combattre sans relâche l’antisémitisme.

Il sera pourfendu dans toutes ses manifestations, les actes mais aussi les mots.

Il sera pourchassé partout, y compris derrière toutes les causes qui lui servent de prétextes ou de masques.

L’antisémitisme sera poursuivi par tous les moyens partout où il se diffuse, en particulier sur les réseaux sociaux qui accordent l’anonymat à la haine.

Les juifs de France doivent savoir que la République met tout en œuvre pour les protéger. La garantie de leur sécurité, est une cause nationale ; elle n’est pas l’affaire des juifs mais celle de tous les Français. Cette garantie devra en priorité être celle des écoles, car aucun enfant ne doit avoir peur en allant étudier, aucun parent ne doit craindre de laisser ses enfants partir en classe.

Avant cette cérémonie, un enfant m’a interrogé, il m’a demandé : Combien de temps encore les forces de police seront présentes à l’entrée de l’école ? J’ai répondu : autant de temps que nécessaire. Et autant de force que souhaité. Et partout en France, là où il y a une menace, où il y a un risque.

Mais le but de la République c’est qu’il n’y ait plus jamais aucun policier devant une école.

 Contre le terrorisme mon pays est sans faiblesse.

Son honneur, c’est de conduire ce combat sans jamais avoir à renoncer à ses principes.

Le drame de Toulouse a révélé certaines failles dans l'organisation de notre renseignement. Un rapport a été demandé par le ministre de l’intérieur. Il est aujourd’hui établi et toute la lumière sur ce qui s’est passé sera faite. Je m’engage une nouvelle fois devant vous, c'est-à-dire devant les familles, devant les Français, pour que toute la vérité soit faite. Nous devons tirer toutes les leçons de cette tragédie et briser le plus tôt possible les engrenages qui conduisent au terrorisme.

C’est la raison pour laquelle, notre gouvernement vient de déposer un projet de loi qui étend les moyens d’action dont nous disposons. Nous serons intraitables avec ceux dont il aura été établi qu’ils ont séjourné dans certaines zones perméables aux pires idéologies de la haine. Tous nos services sont et seront mobilisés pour intervenir.

Mais notre principale force, c’est notre unité.

C’est l’unité, au-delà de nos différences, qui nous a permis le 19 mars dernier de nous réunir au-delà des sensibilités. Nous étions en pleine campagne présidentielle,  et toutes les familles étaient conscientes que l’ensemble de la République était mobilisée, frappée, que toutes les religions, toutes les croyances, toutes les sensibilités étaient également réunies pour apporter la solidarité aux familles et pour aussi condamner avec force le terrorisme.

Encore aujourd’hui, c’est dans l’unité que nous devons lutter contre le fanatisme et que nous devons refuser tous les amalgames. L’islamisme radical n’est pas l’Islam et nous devons faire en sorte que chacun, dans la République, puisse être protégé quelles que soient ses origines, quelles que soient ses croyances, quelles que soient ses religions. C’est la liberté de conscience que garantit la laïcité laquelle fonde notre République.

Le terrorisme concerne tous les Français, car l’individu qui a assassiné des juifs dans cette école, quelques jours auparavant avait délibérément tiré sur trois soldats.

Je veux associer leur nom à cette cérémonie: Imad Ibn-Ziaten, Abel Chennouf, Mohamed LEGOUAD. Trois hommes qui avaient choisi de servir la patrie et qui sont tombés parce qu’ils portaient l’uniforme de notre armée.

Monsieur le Premier Ministre, nous sommes ici côte à côte car nos deux peuples sont unis et solidaires dans ce drame.

Nous sommes ici ensemble car nous voulons avec cette cérémonie rendre hommage aux victimes, à toutes les victimes de l’antisémitisme, du racisme, du terrorisme.

Nous sommes ici réunis dans cette école pour dire ce message simple, qui doit être entendu au-delà de nous, au-delà de ce lieu, la vie est plus forte que tout, et elle ne cède devant aucune menace, aucune épreuve, aucune tragédie. Les parents ici présents en font la démonstration. Ils ont fait confiance à leur école, ils sont restés, ils ont fait confiance à la France.

Je veux également dire combien les parents des victimes qui se sont exprimés, ont fait la démonstration de la force, du courage, de la dignité, de l’exemple. Nous retiendrons leurs mots comme autant de leçons pour la conduite humaine. Quelle belle épreuve d’humanité après l’épreuve que vous avez supportée dans votre chair.

Le 1er novembre en France, c’est le jour où les défunts sont célébrés. Le 1er novembre, c’est aussi, on le dira, là où nous nous sommes réunis, dans cette école Ohr Torah, qui représente un symbole, le symbole de la souffrance, de la souffrance inconsolable mais en même temps un symbole de l’espérance, de l’espérance inaltérable. C’est cette souffrance qui nous conduira à agir encore avec fermeté et vigilance et c’est cette espérance dont la France sera digne, avec vous, dans les prochaines années.

Merci

Discours prononcé par Benyamin Netanyahou.

La vengeance pour le sang d’un petit enfant, Satan lui-même ne l’a pas élaboré », écrit notre poète national Chaim Nachman Bialik, à la suite du progrom de Kishinev en 1903.

 

40 ans plus tard, sur le sol européen, les nazis ont massacré un million et demi d’enfants juifs. Et en 2012, ici, à Toulouse, un meurtrier, alimentée par la haine même brûlante, a massacré trois petits enfants juifs – 8 ans Miriam Monsonego, 6 ans Sandler Arieh, son petit frère, 3 ans, Gabriel Sandler, et Jonathan leur père.

« Je suis arrivé de Jérusalem, la capitale éternelle du peuple d’Israël, pour dire – au visage de tous ceux qui haïssent Israël – trois mots clairs: Am Israël Chai! »

S’il le pouvait, il aurait assassiné chaque enfant juif qu’il rencontra, tout comme les nazis.

 

Cependant, il y a deux différences importantes entre les massacres commis dans le passé contre le peuple juif et le crime odieux qui a été commis ici.

 

La première différence est que, durant la période sombre du nazisme et des pogroms qui l’ont précédé, la majorité des gouvernements européens n’a rien fait pour lutter contre l’antisémitisme meurtrier, et certains ont même coopéré avec.

 

Aujourd’hui, mon ami, le président de la France, François Hollande, se tient ici, parlant fermement contre l’antisémitisme et luttant résolument pour l’éliminer.

Mon ami, votre présence ici aujourd’hui témoigne de l’esprit de la Résistance, de l’esprit d’opposition au mal et de la tyrannie – ce même esprit défendu par les principaux dirigeants en France de Jean Moulin au Président de la France d’aujourd’hui.

Monsieur le Président, comme votre prédécesseur, vous avez dit hier que ceux qui attaquent les Juifs de France, attaquent la nation française toute entière, et c’est précisément ce que l’histoire a montré.

L’histoire nous enseigne que le fléau de l’antisémitisme peut commencer par les attaques contre les Juifs, mais se propage rapidement plus loin avec d’autres attaques.

Ceux qui n’ont aucun respect pour les droits de l’homme des Juifs, foulent brutalement aux pieds les droits fondamentaux d’autrui.

Et si vous ne parvenez pas à éteindre la flamme de l’antisémitisme quand elle démarre, cela devient un grand feu qui consume tout ce qui se trouve sur son chemin.

Ce n’est pas par hasard que le meurtrier a tué à Toulouse, non seulement les Juifs, mais aussi des soldats français, sans discrimination – des chrétiens et des musulmans. La haine de ces assassins barbares menace non seulement les Juifs, mais la civilisation tout entière.

Ceux qui cherchent la raison de cette haine ne comprennent pas que pour ces meurtriers, la haine trouvera toujours des raisons.

Cependant, il existe aujourd’hui un leader en France qui comprend un principe de base:

Rien ne justifie l’antisémitisme et le racisme.

Rien ne justifie l’assassinat d’enfants.

Rien ne justifie la terreur.

Et rien ne justifie le ciblage de la communauté juive française – fier, de la communauté enracinée, qui, depuis Rachi il y a 1.000 ans, a grandement contribué à la fois le peuple juif et au peuple français.

Et il y a autre chose qui a changé depuis les terribles crimes qui ont été commis contre notre peuple pendant le siècle dernier.

Aujourd’hui, le peuple juif a un Etat!

Aujourd’hui, le peuple juif a une armée!

Et aujourd’hui, après 2.000 ans, le peuple juif a le pouvoir de se défendre et de défendre son pays contre ceux qui cherchent à nous rayer de notre terre. C’est ce que nous avons aujourd’hui!

La Haggadah de Pessah est ainsi écrite: «à chaque génération, ils se lèvent contre nous pour nous détruire, et le Saint béni soit-Il, nous sauve de leurs mains ».

La même chose est vraie dans notre génération.

Les assassins terroristes, comme le meurtrier de Toulouse, cherchent à briser notre esprit et à détruire notre peuple.

Mais il ne nous ne cassera pas. Parce que nous tenons sur les épaules de 200 générations de Juifs.

Je suis arrivé de Jérusalem, la capitale éternelle du peuple d’Israël, pour dire – au visage de tous ceux qui haïssent Israël – trois mots clairs: Am Israël Chai!

Disons-le tous ensemble à haute voix, afin que nos voix soient entendues partout où la terreur a frappé notre peuple. A Toulouse, Burgas, Mumbai et Buenos-Aires, à Ma’alot, au Dolphinarium de Tel-Aviv et dans la maison de la famille Fogel à Itamar: Am Israël Haï (Le peuple d’Israël est vivant!).”

 

(Puis le premier ministre a chanté, avec l’assistance, la petite chanson populaire « Am Israël Haï »…)

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