Merah : ces enregistrements qui accusent le frère du tueur

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Mohammed Merah a-t-il agi seul ? Au cœur de l'instruction, cette question s'enrichit d'un dialogue entre Merah et Imad Ibn Ziaten lors de l'assassinat du parachutiste. Abdelkader, le grand frère, était-il présent ?

C'est un dialogue capté par l'enregistrement de la caméra GoPro fixé sur la poitrine de Mohammed Merah.

« Dans les heures qui ont succédé à la tuerie perpétrée par Mohammed Merah à l'école juive Ozar Hatora, à Toulouse, les policiers ont visionné les enregistrements des caméras de vidéosurveillance de l'établissement. Des images «insoutenables»

«C'est un pote à toi ?», interroge Imad Ibn Ziaten. «Hein ? Ouais, c'est mon frère», répond Mohammed Merah.

Quelques minutes plus tard, Mohammed Merah arme son 11,43 et exécute le parachutiste du 1er Régiment du train parachutiste. Le militaire voulait vendre sa moto. Ce dimanche-là, à Toulouse, Imad Ibn Ziaten, 30 ans, a été attiré dans un piège. Il est la première victime du «tueur au scooter».

 

La retranscription de ce dialogue entre le tueur et sa victime vient d'être versée au dossier d'instruction mené à Paris par les juges antiterroristes. Cette pièce repose la question du rôle exact joué par Abdelkader Merah dans les assassinats de mars 2012. Est-ce que la réponse de Mohammed Merah sous-entend la présence de son frère ce jour-là ? Où est-ce que Imad Ibn Ziaten l'interroge sur la personne qui a pris le rendez-vous ?

Impossible de l'affirmer. En revanche, sur les images enregistrées ce jour-là et visionnées depuis par beaucoup d'enquêteurs, et par les juges, rien ne permet d'affirmer la présence d'un homme qui accompagne le tueur. Et d'ailleurs au début de ce qui n'était pas encore l'affaire Merah, aucun des témoins interrogés par les enquêteurs de la division criminelle de la police judiciaire toulousaine ne parle de deux hommes prenant la fuite sur un scooter. Quant à l'expertise de la bande, par des policiers spécialisés dans le cadre d'une commission rogatoire des juges antiterroristes, elle écarterait cette hypothèse.

Lors de sa garde à vue à Toulouse, puis face aux juges d'instruction, Abdelkader Merah a toujours nié son implication. Sans condamner les actes de son frère, ce salafiste disait ne pas l'avoir aidé. Sauf sur le vol du scooter TMax qui a ensuite été utilisé par Mohammed Merah lors de ses crimes à Toulouse et Montauban. Mis en examen le 25 mars pour «complicité d'assassinats» et «association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme», incarcéré et à l'isolement, Abdelkader Merah reste depuis en retrait. Il limite ses déclarations et sa dernière audition, qui était prévue le 3 janvier, a été repoussée «pour des problèmes techniques», selon son avocat Me Éric Dupond-Moretti.

Si l'exploitation des bandes vidéo démontre qu'Abdelkader Merah, à défaut de se trouver au gymnase du château de l'Hers ce jour-là, est «l'acheteur» qui a pris rendez-vous avec Imad Ibn Ziaten, sa complicité supposée deviendrait beaucoup plus active. Il reste à le démontrer.

Des images «insoutenables»

Dans les heures qui ont succédé à la tuerie perpétrée par Mohammed Merah à l'école juive Ozar Hatora, à Toulouse, les policiers ont visionné les enregistrements des caméras de vidéosurveillance de l'établissement. Des images «insoutenables» selon tous les policiers qui ont dû les regarder. Et ce jour-là, les enquêteurs remarquent un équipement sur la poitrine du tueur au scooter. Certains pensent à un holster, d'autres à une caméra. 48 heures plus tard, Mohammed Merah est cerné dans son appartement par le Raid. Une femme débarque au commissariat central pour déposer la caméra que lui a confiée le tueur. Ces enregistrements, «l'horreur absolue», selon différents policiers, les enquêteurs vont les retrouver dans un montage envoyé à la chaîne Al Jazeera par Mohammed Merah - ou un complice. Ce montage, sous fond de chants vantant le djihad, est aussi irregardable que les enregistrements bruts. Et finalement, la chaîne d'information qatarie ne l'a jamais diffusé.

Les anciens voisins témoignent dans un livre

Dix habitants de l'immeuble du terroriste Mohammed Merah racontent le traumatisme et leur reconstruction dans un livre qui paraîtra le 15 mars, un an après les tueries de Toulouse et Montauban. Dix points de vue sur une même tragédie. Dans État de siège à Toulouse, l'affaire Merah vécue de l'intérieur, une dizaine d'habitants du 17 rue Sergent-Vigné à Toulouse racontent le calvaire, puis les suites de cette affaire, qui les poursuit encore aujourd'hui. À l'origine de ce récit-choc, la responsable d'une petite maison d'édition, Strapontins, qui connaissait un habitant de l'immeuble de Merah. «De fil en aiguille, nous avons travaillé sur le récit, et d'autres habitants nous ont rejoints. Certains y habitent encore, d'autres n'y habitent plus. Mais pour tous, cela a servi de libérateur», raconte-t-elle. De ces entretiens est né le livre, qui paraîtra le 15 mars prochain. «Pour la plupart, ils ne connaissaient même pas Merah. Chacun raconte sa version de ce drame. Dix témoignages, dix points de vue différents».

Le 21 mars 2012 à trois heures du matin, le Raid attaque l'appartement de Mohammed Merah. Dans l'immeuble, les habitants sont réveillés par des détonations, des crépitements de mitraillette. Ils devront patienter huit longues heures pour être évacués de l'immeuble. Aujourd'hui, outre le traumatisme que certains tentent de soigner avec l'aide de psychologues, restent les difficultés à faire reconnaître leur condition de victime de ce drame. «Dans l'esprit des autorités, il y a les victimes directes de Merah, les personnes visées par l'enquête, la famille. Mais les voisins, où sont-ils ?»

Certains, comme Coumba Ba, interviewée par La Dépêche du Midi le 13 janvier dernier, mais qui n'a pas participé au livre, cherchent à quitter l'immeuble de Merah, mais disent ne pas trouver les appuis nécessaires du côté des autorités. «Ma fille de 4 ans a été totalement traumatisée. Depuis, notre vie est un enfer. Je ne peux plus vivre dans cet immeuble», racontait-elle. Regroupés dans le «collectif 17», les habitants veulent faire reconnaître leur statut de victime, avec ce qui va avec, notamment la perte de valeur de leur bien immobilier. Beaucoup sont propriétaires dans cet immeuble du cauchemar.

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