La supercherie Al-Dura

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VENDREDI 25 JANVIER 2013

Devant la Cour appel, Philippe Karsenty revendique une stratégie de diffamation légitime dans la controverse « al-Dura »

Directeur de Media-Ratings, maire-adjoint de Neuilly, porte-parole et responsable de la politique étrangère au sein du Parti Libéral Démocrate, Philippe Karsenty doit-il être relaxé ou condamné pour avoir sciemment diffamé France Télévisions et Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, en qualifiant, en novembre 2004, notamment d’« imposture médiatique » le reportage controversé sur « la mort de Mohamed al-Dura » diffusé au JT de France 2 le 30 septembre 2000 ? Cette question a été au centre des débats devant la Cour d’appel de Paris le 16 janvier 2013.
 
Doutes croissants sur l’authenticité des faits allégués par ce reportage controversé ? Aura de Charles Enderlin lézardée ? Censure sur un sujet tabou ? Crainte de susciter l’ire procédurale des intimés ? Incompréhension des enjeux de "l’affaire al-Dura" ? Agacement à l’égard de Philippe Karsenty ? Froid hivernal rigoureux ? Questionnements à l'égard de Pallywood, Hezbollywood, Syriwood ou autres Arabwood ?
Malgré l’appel du SNJ (Syndicat national des journalistes) à assister à l’audience en signe de solidarité avec Charles Enderlin, peu de journalistes – aucun des médias communautaires - assistent aux plus de six heures de débats judiciaires : Daniel Bilalian et Vincent Nguyen de France 2, et Emilie Raffoul de Canal + (1).
Par contre, parmi la nombreuse assistance, citons Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).
A la différence del’audience du 27 février 2008, aucun dirigeant de France Télévisions ne s’est déplacé.
Originalité : les débats, sauf les plaidoiries, sontrelatés en direct par JSS News.
Avant le début de l’audience, Philippe Karsenty va serrer la main de Charles Enderlin, et il échange quelques mots avec lui.
 
Une affaire ancienne
Président de la Cour, Jacques Laylavoix rappelle les faits et la procédure judiciaire.
Feuilletant un document agrafé, il évoque curieusement « les positions israéliennes » au carrefour de Netzarim (bande de Gaza). Une expression inexacte figurant dans les décisions judiciaires, ainsi que dans les conclusions de Charles Enderlin et de France Télévisions. Tous les magistrats ont donc repris l’erreur des plaignants.
Or, dans le reportage du JT de France 2 du 30 septembre 2000 et aux images signées par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma, Charles Enderlin déclare : « 15 heures. Tout vient de basculer près de l’implantation de Netzarim dans la bande de Gaza... Ici, Jamal et son fils Mohamed sont la cible de tirs venus de la position israélienne... Mohamed a 12 ans. Son père tente de le protéger... Il fait des signes... Mais une nouvelle rafale... Mohamed est mort et son père gravement blessé ».
L’image du « petit Mohamed » devient l’icône de l’Intifada II.
Ce reportage suscite des doutes, et des enquêtes de Nahum Shahaf, physicien israélien, de Gérard Huber, psychanalyste, de Stéphane Juffa, du rédacteur en chef de l’agence de presse Mena (Metula News Agency), d’Esther Schapira, documentariste allemande, de Luc Rosenzweig,journaliste, de Richard Landeshistorien américain qui a forgé le néologisme Pallywood pour désigner l'industrie audiovisuelle palestinienne de propagande…
La polémique est alimentée par le long refus de France 2 de rendre publics les rushes du reportage, et les versions successives de Talal Abu Rahma qui, le 3 octobre 2000, affirme sous serment, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne », puis se rétracte le 30 septembre 2002 dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed al-Dura et blessé son père ».
D’abord focalisé sur l’origine des tirs – israéliens ou palestiniens ? –, le questionnement vise rapidement l’authenticité des faits allégués.
Dans deux textes électroniques de novembre 2004, Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings, qualifie en particulier d’« imposture médiatique », de « faux reportage », « pure fiction » et « supercherie » ce reportage controversé et exhorte aux licenciements de Charles Enderlin et d’Arlette Chabot, alors directrice de l’information de France 2.
Ceux-ci portent plainte contre lui pour diffamation.
Condamné le 19 octobre 2006 par le Tribunal de Grande instance de Paris, Philippe Karsenty interjette appel.
Après avoir demandé par un arrêt du 3 octobre 2007 les rushes du reportage à France 2 et les avoir visionnés, la Cour d’appel de Parisr elaxe Philippe Karsenty, le 21 mai 2008, dans unarrêt tançant sévèrement les intimés.
Le 28 février 2012, la Cour de cassation casse ces deux arrêts pour raison de procédure : c'est au seul prévenu d'apporter la preuve de sa bonne foi.
Autrement composée, la Cour d’appel de Paris entend les parties ce 16 janvier 2013 afin de confirmer ou d’infirmer le jugement de première instance.
 
Saynètes de guerre jouée
Le Président de la Cour donne la parole à Philippe Karsenty afin qu’il se présente.
Philippe Karsenty montre le matériel avec lequel il va présenter sa position : sa présentation Powerpoint composée de rushes d’agences de presse du 30 septembre 2000 et sa maquette du carrefour de Netzarim réalisée au centième.
Puis, il rectifie l’erreur factuelle du président de la Cour : il n’y avait qu’une seule « position israélienne » au carrefour de Netzarim.
Après avoir rappelé ses fonctions politiques - maire-adjoint de Neuilly, porte-parole et responsable de la Politique étrangère du Parti Libéral Démocrate -, il replace l’affaire al Dura dans son contexte historique et insiste sur « l’impact planétaire des images» controversées : de Ben Laden les utilisant pour inciter des djihadistes à la haine jusqu’à Mohamed Merah assassinant pour «venger les enfants palestiniens », via la vidéo de l’égorgement du journaliste américain Juif Daniel Pearl dans laquelle est incrustée l’image des al-Dura.
« En 2002, comme pour beaucoup de monde, il me semblait totalement impensable que France 2, la télévision publique française ait diffusé un faux reportage, ou même qu’elle ait pu commettre la moindre erreur, surtout dans le cadre d’un reportage commenté par Charles Enderlin. C’est en France la voix du Proche-Orient. Ainsi, avant d’ouvrir une réunion avec la presse à l’ambassade de France en Israël, Dominique de Villepin a interrogé : « Qu’en pense Charles ? » Il faut rappeler la force du personnage Enderlin. C’est quelqu’un de très convaincantSi j’osais, je dirais que c’est le Thierry Roland du Proche-Orient », indique Philippe Karsenty.
Et de rappeler les soutiens politiques dont bénéficie Charles Enderlin : Jacques Chirac, ancien Président de la République, Bertrand Delanoë, maire de Paris. « Et Shimon Peres », ajoute Charles Enderlin.
« En fait, je pense que Charles Enderlin est une victime. Victime de son caméraman qui lui a refilé des images douteuses. Victime de sa réputation qui l’a peut-être empêché de revenir sur son erreur initiale. Victime de ses amis, ou ceux qui se prétendent être ses amis, qui ont bâti autour de lui une muraille destinée à le protéger de la vérité », estime l’appelant.
Il décrit son implication progressive dans la polémique, au fil des rebondissements, de ses recherches personnelles et de l’activité de son agence.
Il démarre sa présentation en rappelant les principes de laCharte des antennes de France Télévisions (2) avant de montrer, extraits de JT à l’appui, les procédés de France 2 pour relater, à son avantage, les péripéties judiciaires de l’affaire.
Puis, il évoque l’interpellation de Rémy Pfimlin, alors candidat à la présidence de France Télévisions, par le sénateur Plancade, le 12 juillet 2010, au nom de la Charte du groupe audiovisuel public.
Comme en 2008, mais en début de sa démonstration, Philippe Karsenty prouve, images à l’appui, que France 2 avait aussi diffusé le 1er octobre 2000, comme fait réel une séquence mise en scène par des Gazaouis et, commentée par Charles Enderlin. Gêne du côté des intimés.
Philippe Karsenty poursuit en montrant qu’au carrefour de Netzarim, ce 30 septembre 2000, on tournait plusieurs fausses scènes de guerre avec des Palestiniens anonymes. Dissèque ces saynètes jouées et présentées comme incidents authentiques révélateurs de tensions. Liste des incohérences de ce célèbre reportage. Détaille les invraisemblances : pas de traces de sang sur le trottoir, sur les vêtements ou sur le mur, peu d’impacts de balles sur ce mur pour une fusillade d’armes automatiques qui aurait duré 45 minutes, etc. Souligne les contradictions entre les versions de Charles Enderlin et de Talal Abu Rahma, qui a « choisi le journalisme pour défendre la cause palestinienne », selon ses propres termes rapportés dans Le Matin du Sahara du 2 avril 2001.
Au terme d’une démonstration d’environ une heure et demie, interrompue par un bref rappel contextuel de Charles Enderlin, Philippe Karsenty conclut avec une citation extraite d’un de ses deux textes incriminés : « Charles Enderlin se trompe, et du même coup nous trompe ».
Pendant ce quasi-cours d’analyse des images, Charles Enderlin ne conteste rien. Quand il s’y risque une fois, il est vite démenti par les images qui défilent ou des arrêts sur images. Lorsque Philippe Karsenty cite une déclaration du caméraman Talal Abu Rahma - « Les Israéliens ont tiré sans discontinuer sur l’enfant pendant 45 minutes » -, Charles Enderlin hoche négativement la tête, puis réfute : « Ce n’est pas vrai ». « Regardons alors ces images ! », invite l’appelant. Que voit-on ? Le caméraman de France 2 répéter plusieurs fois  : « Les soldats israéliens ont visé l’enfant pendant 45 minutes ».
Parole aux plaignants. Charles Enderlin souligne combien il est un bon citoyen israélien, qu’il a été soldat dans l’armée israélienne, et ses enfants aussi. Sous-entendu : il n’a aucune raison de nuire à l’Etat d’Israël dont il est citoyen.
En quelques phrases rapides, il brosse le tableau de tensions liées à la visite d’Ariel Sharon sur « l’esplanade des mosquées » (mont du Temple, Nda). Certes, il se trouvait ce 30 septembre 2000 à Ramallah, et non à Gaza, mais il connaît les lieux, et fait confiance à Talal Abu Rahma qui, tout en filmant la scène controversée, lui a dit lors d’un appel téléphonique dramatique : « Je suis en train de filmer la mort d’un enfant ». Charles Enderlin n’explique pas comment son cameraman savait, de façon prémonitoire, que l’enfant, et non le père, allait mourir, alors qu’on ne voit aucune blessure sur l’enfant. Puis, il justifie les refus de communication de rushes à Nahum Shahaf, et évoque l’opacité de l’armée israélienne.
Le moindre doute l’a-t-il effleuré sur son cameraman ? Il a interrogé le Shin Bet sur Talal Abu Rahma qui « sort régulièrement de Gaza ». Et de reconnaitre que Talal Abu Raham "n'a plus sa carte de presse".
Après avoir cité le dictionnaire Littré pour se justifier d’avoir allégué à tort à Télérama avoir coupé les images de « l’agonie de Mohamed al-Dura », il convient « s’être trompé sur le mot agonie ».
Charles Enderlin et France Télévisions sont venus avec des DVD renfermant des films déjà montrés devant la Cour d’appel en 2008, essentiellement le reportage controversé et des extraits de journaux télévisés en 2000. Des films censés répondre aux questions soulevées par l’appelant.
Incroyable, mais vrai : des problèmes techniques empêchent longuement leur visionnage. Obligeamment, Philippe Karsenty prête ses hauts parleurs pour permettre une audition à un volume sonore normal.
Fait amusant : certaines images montrées par les plaignants ont déjà été décortiquées par Philippe Karsenty qui avait fait rire la salle en pointant des bizarreries.
Quant à l’image d’un enfant palestinien prise à la morgue ce 30 septembre 2000 et présentée par les plaignants comme étant celle de Mohamed al-Dura, Philippe Karsenty prouve, chronologie de la journée à l’appui, que les deux enfants sont différents.
 
Trois témoins
En soutien de l’appelant : trois témoins.
Journaliste, Esther Schapira a réalisé, en 2002, Drei Kugeln und ein totes Kind (en français : Trois balles et un enfant mort), commercialisé sous les titres Three bullets and a dead child, et Qui a tué Mohamed al-Dura ?, en interrogeant chaque partie, et à une époque où elle « ne s’interrogeait pas sur l’authenticité des images ». Elle concluait que le garçon avait été plus vraisemblablement tué par les Palestiniens que par les Israéliens. Elle a été surprise par le refus de Charles Enderlin de lui communiquer ses rushes - France 2 et ARD font partie d’un « réseau européen » qui d’ordinaire coopère. Au « lieu de soutien », elle a « reçu des menaces ». Son documentaire est diffusé en 2002 par la chaine allemande ARD. Esther Schapira raconte comment Philippe Karsenty a pris contact avec elle, dès 2002, et comment il est alors allé à Francfort pour visionner ses rushes de longues heures durant. Une phrase importante qui abonde dans le sens de l’appelant et que ses avocats rappelleront dans leur plaidoirie pour prouver son enquête sérieuse, et sa prise de conscience des incohérences et contradictions du reportage de France 2 dès 2002.
Après avoir visionné les rushes de France 2 lors de l’audience de 2007, Esther Schapira réalise en 2009 Das Kind, Der Tod, und Die Wahrheit (The Child, the Death, and the TruthL’enfant, la mort et la vérité), documentaire « composé aux deux tiers à partir de ses rushes » de 2002. Elle tient à rectifier deux « erreurs graves » de Charles Enderlin dans son livre Un enfant est mort : elle rappelle s’être rendue à Gaza, et que ses documentaires ont été vendus hors d’Allemagne : le premier à neuf pays, le second à cinq pays.
Expert médical et chirurgien notamment de guerre, le Dr Patrick Bloch précise qu’un enfant touché par balles « ne bouge plus, par un phénomène de choc traumatique, dans un état de sidération », à la différence de l’enfant filmé mobile. Dans ces situations-là, il « existe toujours des sorties des projectiles atteignant les membres », sauf la tête et le thorax où les projectiles peuvent rester. Et les dégâts de balles à haute vélocité – projection de chair et écoulement de sang – sont impressionnants, alors que le reportage ne montre aucun de ces dommages. Ainsi, si l’artère fémorale est touchée par une de ces balles - ce que le père a déclaré -, le sang s’écoule à « 300-600 ml/minutes, soit une perte de 4,5 litres de sang. En dix minutes, on est vidé de son sang ». Or le père est censé être resté sur place pendant une vingtaine de minutes avant qu’une ambulance arrive pour le récupérer.
Représentant le ministère public, esprit vif servi par une formulation concise, Jean-François Cormaille de Valbray, interroge ce médecin-expert sur une petite tache rouge qu’il affirme discerner sur l’abdomen de Jamal al-Dura. Hésitant, le médecin les observe, puis remarque, après réflexion que c’est probablement une petite tâche apparue au développement, mais que cela ne peut être une tache de sang.
Expert balistique près de la Cour d’appel de Paris,Jean-Claude Schlinger a effectué son expertise à la demande de Philippe Karsenty, en janvier 2008 et à partir du reportage et d’informations annexes. Des « huit impacts de balles » sur le mur errière les al-Dura, il en induit l’impossibilité de tirs venant de la position israélienne – la forme aurait été ovale (angle de tir de 30°), et non ronde -, et l’invraisemblance de tirs à l’arme automatique pendant 45 minutes. Dans son rapportcet expert envisage la possibilité d’une « mise en scène ». « Mais qu’est-ce qui permet d’affirmer que les tireurs ayant visé les al-Dura n’ont pas tiré au coup par coup ? », s’enquiert Jean-François Cormaille de Valbray. « Le cameraman le dit », répond l’expert.
 
Une diffamation revendiquée
En cette fin d’après-midi, débutent les plaidoiries.
Poursuivi pour diffamation (3), le prévenu est relaxé s’il apporte la vérité des faits (exception de vérité) ou démontre sa bonne foi qui, selon la jurisprudence, suppose la réunion de quatre conditions : une enquête préalable sérieuse, un but légitime, la prudence dans l’expression et l’absence d’animosité personnelle. La relaxe est généralement prononcée en accordant le bénéfice de la bonne foi.
D’une voix qui ne porte pas, Me Bénédicte Amblard, avocate de France Télévisions (4) et de Charles Enderlin, dénonce une « entreprise de démolition médiatique », s’emploie à démontrer que les éléments constitutifs de la diffamation sont réunis, soutient que Philippe Karsenty ne disposait pas en 2004 des informations justifiant les propos incriminés, sollicite sa condamnation et « la publication judiciaire pour tourner la page » : un livre et un film sont annoncés...
Pour le parquet, l’avocat général Jean-François Cormaille de Valbray, a rappelé que la Cour statue non sur la « vérité historique » dans un « débat délicat, difficile », mais sur « le caractère diffamatoire des propos » poursuivis. Il s’en rapporte à l’appréciation de la Cour. Comme il l’avait fait lors du procès de Jamal al-Dura contre le Dr Yéhuda David et le journaliste Clément Weill-Raynal.
Avocats de Philippe Karsenty, Me Delphine Meillet et Me Patrick Maisonneuve revendiquent la stratégie de provocation délibérée de leur client. Oui, celui-ci a recouru à la diffamation légitime, car c’était la seule voie possible face au silence médiatique occultant en France les questionnements sur la réalité des allégations du reportage. Et de citer des jurisprudences récentes autorisant, pour des « débats d’intérêt général », « l’immodération des propos », « le recours à une certaine dose d’exagération, voire de provocation, dans les propos » (Cour de Cassation, 3 février 2011).
Bref, Philippe Karsenty a commis une « infraction utile dans notre démocratie ». Une diffamation dénuée d’animosité, dans un but légitime, de bonne foi, étayée par une enquête sérieuse échelonnée au fil des ans et auprès de « sources différentes ».
Moment d’humour : Me Delphine Meillet ironise sur les attestations produites par les intimés et visant à authentifier des attestations antérieures cocasses de cameramen palestiniens.
L’arrêt de la Cour sera rendu le 3 avril 2013.
 
Silence de médias français
Finalement, le clash est survenu au sortir de l’audience, mais pas entre les parties au procès.
Dans le hall contigu à la salle d’audience, Charles Enderlin traite en anglais Esther Schapira de « journaliste militante ».
Et il s’étonne qu’elle n’ait interviewé que trois des quelques vingt soldats de la position israélienne ce 30 septembre 2000. « Pourquoi ne l’avez-vous pas dit à la Cour », lui ai-je rétorqué. Haussement las d’épaules de Charles Enderlin. « Vous auriez pu le dire à votre avocate, qui l’aurait répété à la Cour », ai-je insisté.
A ma réplique « Talal Abu Rahma est un cameraman militant », il ne répond rien et s’éloigne, encadré par trois individus dont l’un lui murmure qu’il est filmé.
Esther Schapira m’expliquera ensuite avoir interviewé les trois seuls soldats israéliens placés dans l’angle de la position des al-Dura, les autres n’ayant pas pu être en situation de voir la scène controversée.
Journalisme à la française contre celui à l’anglo-saxonne, opacité contre transparence, confiance inébranlée contre doute méthodique… Tout oppose ces deux journalistes.
Depuis 2000, les positions de France 2 et de Talal Abu Rahma ont évolué. Ainsi, Arlette Chabot alors directrice de l’information de France 2, a déclaré le 16 novembre 2004 : « On ne saura jamais quelle est l’origine des tirs. Venaient-ils de la positon israélienne ou palestinienne ? »
Pourtant, malgré les révélations sur Pallywood (5), Hezbollywood et autres Arabwood, Charles Enderlin campe sur sa position : il maintient à ce jour son commentaire de 2000. Sans convaincre.
Charles Enderlin connaît bien les lieux ? Pourtant, interrogé par Richard Landes voici quelques années, il s'est trompé dans la localisation de la position militaire israélienne dans un plan.
Et donne des détails troublants. Lors de cette audience, Charles Enderlin affirme que l’ambulancier a tenté vainement de réanimer Mohamed al-Dura. Un fait semble-t-il nouveau. Or, l’ambulance est arrivée au carrefour après l’image sur laquelle ce journaliste affirme que Mohamed al-Dura est mort. Donc, cet ambulancier était-il médecin ? Si oui, pourquoi et comment a-t-il tenté de le réanimer ? Mystère. D’autant que pendant les 45 minutes de la fusillade – durée alléguée par les plaignants -, Mohamed al-Dura s’est vidé de son sang. Un sang pourtant invisible sur les images.
Curieusement, la dépêche AFP sur cette audience n’a été reprise par aucun média français.
Seul Rue 89 a publié un article plutôt partial
Le 21 janvier 2013, Charles Enderlin a publié sur son blog uncompte-rendu factuel de l’audience. A la troisième personne du singulier. Et sans répondre aux questions soulevées par son reportage.
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