J'aime Tel-Aviv

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Après avoir décrit le printemps léger, les ballades à pied dans la ville et la plage « des français », en mai 2011, après mon récit ému du silence et de la beauté de Kippour en septembre 2012, je dois aussi raconter la joie de Pourim en  février 2013.

 J’ai déjà écrit, j’écrirai encore « J’aime Tel-Aviv ». Présomptueuse ou non, je crois qu’elle m’aime aussi : elle me fait si bon accueil !

Chaque séjour, entre les activités récurrentes déjà racontées, ( petits déjeuners au Naamal, face à la mer, exploration systématique des galeries d’art, traversées de la ville dans les shirouts 4 ou 5 et achats débridés au Shouk Ha Carmel), m’offre de nouveaux aspects de  la vie telavivienne. Nous avons besoin, la très chère amie qui me reçoit et moi-même de retrouver «nos marques», comme pour vérifier que tout ce que nous aimons est en place. Et quand ces visites rituelles sont accomplies, nous partons à la découverte.

Qui saurait compter les bancs de Tel Aviv? Tous les 20 mètres au long des belles avenues, nos pieds dans l’herbe rase d’une pelouse verte, à l’ombre légère des palmiers altiers ou intense des ficus généreux, on se repose. On  marche encore et on s’arrête quand on veut,  sur un banc. Errer dans Tel- Aviv sans autre but que de s’imprégner de la vie, de ce ciel bleu, de ces pierres blanches. Parler aux chats familiers.

Un petit café dans une rue calme. Des dames israéliennes se parlent, se parlent, dans leur langue ressuscitée, comme pour rattraper les 2000 ans de silence et dévorent, comme à toute heure, des salades fraîches, des croustillants bien dorés, du pain chaud. Allez faire vos courses pour récupérer le billet d’avion! Histoires pour dames, on revient avec de jolis sacs, des vestes à la mode, des «petits hauts» en grand nombre, on aime nos vendeuses, et, pardi, elles nous aiment aussi et nous reconnaissent à chaque visite. On s’explique en franglo-ivrit.

Rien n’est vraiment loin pour des touristes, et si la fatigue nous guette, un doigt levé et un taxi s’arrête, souvent bavard et curieux de nos origines, « Ah la France ! », s’exclame t’il, sans qu’on sache si l’admiration ou le reproche module son intonation. Parfois, il nous explique, avec passion, un peu de politique israélienne, cette année c’étaient les difficultés de Bibi à former son gouvernement. Nos connaissances l’intriguent, serions-nous journalistes ? L’air de la mer réveille nos cellules parisiennes,  les vagues s’affrontent au rocher d’Andromède et luttent contre les surfeurs, luisants comme des poissons sous leur deuxième peau noire. A l’approche de Yaffo, un son de cloche un peu lointain signale une église. A 15 heures, une voix forte sortie de nombreux hauts-parleurs annonce par trois fois « Allah Ouakbar », puis module sur un ton plus doux, une prière comme un poème. Au pied de l’église, des panneaux indiquent le chemin  de la synagogue. Ils auraient pu vivre en paix.

 La jolie petite synagogue de la rue Rupin, sous les arbres… des français de passage, comme nous, et ceux qui ont déjà fait leur alya,(souvent pour rejoindre enfants et petits enfants), ou ceux qui se préparent à ce grand changement de vie, à la fois fiers et inquiets, se retrouvent, comme pour se rassurer et, le Mardi soir, écouter le Rabbin Sitruk, fils de notre Grand Rabbin en France,  son héritier, même charme, même humour, même sérieux : croyants ou non- croyants s’améliorent de sa parole.

Dîner de Shabbat, dans un grand hôtel, avec les membres d’une association humaniste, venue inaugurer une antenne à Tel Aviv : beaucoup de ces primo-visitants sont venus avec tous les à-priori que l’on connaît et qui nous navrent : ils croyaient voir des soldats partout, des arabes discriminés, des avions de guerre dans le ciel. Mais nous sommes là par temps calme, et leurs visites des grands lieux d’Israël leurs montrent un pays au travail, cultivé, performant, ils prennent le café entre deux dames arabes, ils admirent cette petite soldate aux cheveux si longs qui s’achète un jean troué, ils découvrent les bureaux des tours ultra-modernes et  les vieilles maisons orientales en restauration, ils prennent conscience d’ une religion présente mais non envahissante, de la variété des origines, des traditions, des langages, qui se côtoient sans vagues apparentes. La vendeuse au centre commercial est russe, le chauffeur de bus est roumain, la prof de gym est une jolie arabe-israélienne.

Pour les aider à comprendre cette ville, ce pays, nous  les emmenons  au concert classique de la salle Tsavta, le Samedi matin, puis ils admirent le ballet chinois de Cheng-Du au Centre Suzanne Delal, écoutent le chanteur Yotam Cohen qui fait vibrer une salle bondée au Théâtre Cameri. Ils assistent à une conférence politique à l’Institut Français. Enfin, dans le bel Opéra à l’architecture audacieuse, ils oscillent entre rire et émotion à la comédie musicale Cazablan (avec sous-titres) et, à travers l’histoire des rapports conflictuels entre ashkénases et sépharades dans la Tel-Aviv-Yaffo des années cinquante, ils comprennent mieux les difficultés et néanmoins  la réussite de ce pays aux 300 origines.

En Septembre dernier nous avions visité le refuge pour enfants de Kfar Habad : Ohr Simha.

La recherche d’une ambiance familiale,  « mispatchon » par les Rabbins qui gèrent ce lieu nous avait émues : un couple avec enfants prend en charge 12 autres petits, pour les repas, pour une éducation familiale, pour une chaleur maternelle et paternelle. Bien sûr, l’argent manque, même si l’Etat subventionne cet institut de qualité, et nous avions promis d’en parler en France. Nous sommes donc revenues, avec quelques sous, (pas assez),  gagnés par une association juive à Paris, et nous savons que l’argent servira à établir un petit zoo d’animaux familiers, le rêve des plus jeunes. Nous reviendrons!

Mais les journées les plus marquantes, notre découverte de Pourim à Tel-Aviv, on ne les oubliera pas !

Dès Jeudi, des enfants se sont promenés en ville arborant fièrement qui son costume de Spiderman, qui ses ailes de fée, qui son masque de clown. Vendredi, les serveuses des restaurants, les marchands du Shouk,  la moitié des passants, même une caissière à la banque portent sans crainte , leurs oreilles de lapin, des cornes de diable, des tee-shirts bariolés ou, plus souvent, le diadème en plastique de la Reine Esther. Au restaurant, où nous déjeunons d’une shakshouka épicée délicieuse, deux messieurs cravatés discutent en anglais d’un contrat d’échanges culturels : l’un est coiffé de mignonnes oreilles de petit chat, l’autre ne semble pas gêné par des ailes roses et bleues. Je n’ose pas les filmer !

Mais sans doute vont-ils rejoindre la Tel-Aviv Party : sur le boulevard ShaulHamelech, coupé à la circulation, devant le Musée de Tel-Aviv, des stands de bière, de hot-dogs, de patates chaudes, abreuvent et nourrissent une foule de plus en plus dense qui déambule. Tous les déguisements sont possibles : moult faux officiers en blanc et or, coccinelles et autres insectes, héros de B.D, animaux poilus, monstres divers, et un couple bien assorti : lui est en feu rouge, elle est en feu vert( ?).

Enfin, Dimanche, comme nous entrons dans une synagogue voisine pour y entendre la Meguila d’Esther, nous sommes accueillies, entraînées, cooptées et invitées à un dîner joyeux, au rythme disco du synthétiseur de Monsieur le (jeune) Rabbin, ancien disc-jockey, une cinquantaine de jeunes gens et jeunes filles chantent un  Lekha Dodi version rock et s’entraînent à obéir à l’ordre de boire plus que de raison. Alors je me réjouis aussi entre deux (ou trois ?) verres d’un délicieux vin du Golan, que ce salaud d’Amman n’ait pu réaliser son funeste projet : je n’aurais pas connu des amis très chers, ni le beau pays d’Israël

A suivre…..Laurence Nguyen, Association France-Israël

 

 

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