Gilad Shalit raconte ses cinq ans de captivité

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Gilad Shalit a donné sa première interview à la télévision israélienne un an après sa libération. Dans une émission diffusée sur la chaîne 10, le soldat israélien a parlé pour la première fois de ses 1942 jours de captivité, et de l'année écoulée depuis son retour à la liberté. «C'est difficile de revenir à une vie normale, dit Shalit dans l'émission. C'est difficile socialement. Les gens ont changé, ont grandi, on se sent comme dépassé.»

Gilad Shalit avait 19 ans lors de sa capture, en juin 2006, par un commando du Hamas. Gardé au secret pendant cinq ans dans des caves de la bande de Gaza sans presque jamais voir le soleil, il avait été libéré l'an dernier aux termes d'un accord léonin entre le Hamas et Israël, en échange de 1027 prisonniers palestiniens. Soldat anonyme lors de sa capture, il s'était retrouvé à sa sortie de captivité célèbre en Israël et à l'étranger. Âgé aujourd'hui de 26 ans, devenu chroniqueur sportif pour le quotidien Yedioth Ahronoth, il donne dans cet entretien des premiers éléments sur sa longue captivité et sa vie depuis sa libération.

«Je m'étais confectionné un ballon»

Notant autant que possible le passage des jours depuis sa prison secrète, ne communiquant qu'avec ses geôliers, en anglais et avec un peu d'arabe, Shalit explique comment il a tenu bon psychologiquement, notamment grâce au sport, sa passion de toujours. «Je jouais à toutes sortes de jeux. Je m'étais confectionné un ballon en roulant une chemise ou une chaussette en boule ou je lançais des objets dans la poubelle.» Il explique aussi comment il dessinait des cartes d'Israël, avec sa ville natale de Mitzpe Hilla, ses endroits favoris. «Je le faisais assez souvent au début pour me rappeler, pour ne pas oublier.» «J'écrivais, je faisais des listes, et je suivais des événements sportifs.» Ses gardiens le laissaient regarder des chaînes arabes, avant de lui donner pendant la dernière année de sa captivité une radio avec laquelle il écoutait les nouvelles d'Israël. Il joue parfois aux échecs ou aux dominos avec eux. La télévision était l'une des rares occasions pour lui de voir le monde extérieur. «Je ne voyais le soleil qu'à la télévision, dit-il. Je l'imaginais aussi.»

«J'avais peur que les gens m'aient oublié»

Il montre à l'intervieweur le sac qu'il a gardé de sa libération, avec l'étrange chemise qu'il portait ce jour-là, et la montre que lui avaient offerte ses gardes pendant la dernière année de sa captivité. «La semaine où ils m'ont annoncé que j'allais être libéré a été interminable. Je ne dormais pas. Je dormais peut-être une heure par nuit.» «J'avais peur que les gens m'aient oublié», dit-il. C'est loin d'avoir été le cas. Pendant sa captivité, Gilad Shalit est devenu une figure nationale en Israël, où chaque famille a un ou plusieurs enfants à l'armée, et où son sort a ému le pays entier. Une série télévisée israélienne, Hatufim, s'est en partie inspirée de sa captivité, histoire reprise et adaptée dans la série américaine Homeland.

Héros malgré lui, Shalit n'a jamais joué de sa célébrité depuis sa libération. Mais son statut de symbole national reste parfois difficile à vivre. Le mois dernier, des Palestiniens ont appelé à boycotter le club de football de Barcelone, qui avait invité Gilad Shalit à assister à l'un de ses matchs. «Ce sera difficile pour moi que mes enfants aillent à l'armée, mais finalement, l'État d'Israël m'a libéré», explique Shalit. «L'État a respecté sa part de l'échange, il a payé le prix. Je pense que j'enverrai mes enfants à l'armée. J'espère qu'ils n'auront pas à y aller, mais pour le moment, ça n'a pas l'air d'être une option.»

Source : LeFigaro.fr, 18 octobre 2012.

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